Auteur :
Pierre-Clément Cazon
Directeur de la publication.
Histoires de la nuit est sorti dans les salles françaises le 16 septembre 2026. Léa Mysius adapte en 1 h 54 le roman de Laurent Mauvignier, publié en 2020 dans une édition originale de 640 pages. Pour passer du livre au cinéma, la réalisatrice a supprimé les nombreux retours en arrière, réinterprété plusieurs personnages et organisé son huis clos autour de deux maisons. Présenté en Compétition au Festival de Cannes 2026, le film réunit notamment Hafsia Herzi, Bastien Bouillon, Benoît Magimel, Monica Bellucci et Tawba El Gharchi.
Le roman suit Patrice Bergogne, sa femme Marion, leur fille Ida et leur voisine Christine dans un hameau presque désert. Alors que la famille prépare les quarante ans de Marion, des inconnus commencent à rôder autour de la maison. Le récit de Laurent Mauvignier se déploie sur plus de 600 pages et revient régulièrement dans le passé des personnages.
Léa Mysius a choisi une autre construction pour le film. Dans le dossier de presse, elle explique avoir décidé très tôt de ne pas utiliser de flashbacks. L’histoire antérieure des personnages est dévoilée progressivement dans le présent, notamment par les dialogues, les silences et leurs réactions.
La réalisatrice a également travaillé en parallèle les deux espaces où se déroule l’essentiel de l’action : la ferme de Nora, Thomas et Ida et la maison de leur voisine Cristina. Les deux lieux se font face et alternent au fil du récit, avant de se rapprocher progressivement.
Le passage à l’écran modifie aussi les personnages du roman. Patrice et Marion deviennent Thomas et Nora, interprétés par Bastien Bouillon et Hafsia Herzi. Ida conserve son prénom, tandis que Christine devient Cristina sous les traits de Monica Bellucci.
Ces changements dépassent les prénoms. Léa Mysius décrit Marion comme une femme blonde d’une quarantaine d’années et très expansive dans le livre. Pour Hafsia Herzi, elle a construit une Nora plus discrète au début du film. Cristina a elle aussi été repensée : la voisine rousse et colorée du roman devient une peintre contemporaine à l’allure plus austère, vêtue principalement de noir et de blanc.
Son travail artistique change également. Christine peint une grande femme rouge dans le roman ; dans le film, Cristina travaille sur une peinture abstraite et sombre imaginée avec l’artiste Corinne Mercadier. Léa Mysius indique avoir aussi remanié la conversation consacrée à l’art qui accompagne cette partie du récit.
Le film a été tourné à Bellac, en Haute-Vienne, en 31 jours. Les deux maisons ont été pensées comme des espaces distincts : d’un côté, la ferme ancienne occupée par Nora, Thomas et Ida ; de l’autre, l’univers plus contemporain de Cristina.
Esther Mysius, cheffe décoratrice, a entièrement imaginé la partie consacrée à Cristina à partir d’une grange vide. La dépendance qui prend l’apparence d’une maison d’architecte a été construite pour le tournage. Du côté de la ferme, quelques éléments existants ont été conservés, dont un ancien papier peint, mais l’intérieur a été presque entièrement refait.
Ce travail sur les décors a été distingué lors du 79e Festival de Cannes. Esther Mysius a reçu le Prix CST de la Jeune Technicienne 2026 pour Histoires de la nuit, présenté en Compétition. Le film est actuellement exploité dans les salles françaises par Le Pacte.

Crédit image : Le Pacte