Auteur :
Pierre-Clément Cazon
Directeur de la publication.
La Bataille de Gaulle a dépassé les 3 millions d’entrées cumulées en France. Le relevé publié par Boxoffice Pro le 20 juillet place L’Âge de fer à 2 millions d’entrées et J’écris ton nom autour de 1,4 million. Au-delà du score, l’exploitation simultanée des deux volets donne au diptyque une forme rare : celle d’un récit historique que les salles continuent de dérouler en deux chapitres, trois semaines après l’arrivée du second film.
Réalisé par Antonin Baudry et écrit avec Bérénice Vila, le diptyque adapte De Gaulle : une certaine idée de la France, l’ouvrage de l’historien Julian Jackson. Pathé distribue les deux films en France. Présenté hors compétition au Festival de Cannes 2026, L’Âge de fer a ouvert le récit le 3 juin, avant la sortie de J’écris ton nom le 26 juin.
Le diptyque ne raconte pas Charles de Gaulle comme une figure déjà installée dans l’histoire nationale. Il commence au moment où tout reste à construire : l’armée française est battue, l’armistice coupe le pays en deux, et l’homme parti à Londres doit faire exister une parole politique alors qu’il ne dispose ni d’un territoire, ni d’une armée constituée, ni d’une reconnaissance évidente.
Le premier volet couvre la période 1940-1942, tandis que le second se concentre sur les années 1943-1944, jusqu’à la Libération. Ce découpage déplace le centre du récit : la guerre y est aussi une bataille pour être reconnu comme l’homme capable d’incarner la France quand l’État officiel a choisi l’armistice.
Le conflit central ne tient donc pas seulement aux opérations militaires. Depuis Londres puis Alger, de Gaulle doit convaincre des Alliés dont l’appui n’est pas acquis, rallier des résistants, affronter Vichy et composer avec des autorités françaises concurrentes. La France libre apparaît comme une construction progressive, faite de discours, d’alliances, de rapports de force et de reconnaissance internationale.
Simon Abkarian incarne de Gaulle au sein d’un ensemble qui réunit notamment Simon Russell Beale, Niels Schneider, Félix Kysyl, Anamaria Vartolomei, Thierry Lhermitte, Benoît Magimel, Mathieu Kassovitz et Campbell Scott. Le casting dessine un échiquier historique autour d’une autorité encore en formation : dirigeants alliés, résistants, responsables militaires et figures politiques gravitent autour d’un personnage qui doit d’abord imposer sa légitimité avant de pouvoir peser sur le cours de la guerre.
La séparation de vingt-trois jours entre les deux sorties produit un fonctionnement inhabituel en salles. J’écris ton nom ne remplace pas L’Âge de fer : il l’accompagne. Le spectateur peut encore entrer dans le diptyque par son premier chapitre, puis poursuivre immédiatement avec le second, sans attendre une ressortie ou une arrivée sur une plateforme.
Ce dispositif compte pour un récit de près de 5 h 20 au total. La salle prend ici une fonction proche du feuilleton, mais avec deux blocs de cinéma plutôt qu’une diffusion hebdomadaire. Le premier film installe l’effondrement, l’exil et la naissance d’une voix dissidente ; le second prolonge cette trajectoire vers les années où la France libre devient un acteur politique et militaire plus visible.
Les chiffres de mi-juillet montrent que le second chapitre n’a pas effacé le premier. Sur le week-end du 15 au 19 juillet, J’écris ton nom enregistre 225 000 entrées et recule de 11 %, tandis que L’Âge de fer ajoute 147 000 entrées et baisse de 23 %. Les deux films affichent aussi des moyennes de 27 et 30 entrées par séance, derrière le lancement de L’Odyssée de Christopher Nolan, en tête du classement.
Dans un été dominé par les grands rendez-vous de salle, La Bataille de Gaulle occupe une place à part : un diptyque historique français, long, politique, construit sur la continuité entre deux volets rapprochés. Au 21 juillet, aucune annonce de VOD ou de plateforme française n’accompagne encore cette exploitation ; l’expérience confirmée reste celle du cinéma.
Crédit image à la une : © Guy Ferrandis / Festival de Cannes.
Très bon article de synthèse sur le fond (1 et 2 du sommaire)
Merci pour cet article. L’héroïsme et l’épopée militaire sont des thèmes confisqués par les cinémas anglo-saxons et russes, rejetés par les réalisateurs français depuis l’émergence des auteurs psychologiques de La Nouvelle Vague, puis les succès policier et burlesques des années 80 à 2000.
Baudry a le courage de faire un film politique, militaire et historique, avec des acteurs et un scénario crédible.