Septième art : origine, définition et évolution du cinéma
L’expression « septième art » est aujourd’hui presque indissociable du cinéma. Elle apparaît dans les médias, les festivals, les ouvrages spécialisés et le langage courant pour désigner aussi bien les films populaires que les œuvres les plus expérimentales.
Cette appellation n’est pourtant ni aussi ancienne que le cinéma lui-même ni issue d’un classement officiel. Elle a été défendue au début du XXe siècle par Ricciotto Canudo, un écrivain et théoricien convaincu que les images animées constituaient une nouvelle forme artistique capable de réunir plusieurs arts plus anciens.
Le succès de l’expression raconte donc une histoire plus large : celle d’une invention technique et d’un spectacle populaire progressivement reconnus comme un langage, une création collective et un patrimoine culturel.
Qui a inventé l’expression « septième art » ?
L’expression est principalement associée à Ricciotto Canudo, intellectuel italien installé en France, né en 1877 et mort en 1923. Poète, romancier et critique, il s’intéresse très tôt au cinématographe alors que celui-ci est encore souvent considéré comme une attraction ou une curiosité technique.
Canudo ne se contente pas d’affirmer que les films peuvent être beaux. Il cherche à leur attribuer une place au sein d’une réflexion plus générale sur les arts.
Dans un texte publié en 1911, il présente d’abord le cinéma comme un « sixième art ». Sa classification évolue ensuite lorsqu’il intègre la danse parmi les formes artistiques qui le précèdent. Le cinéma devient alors le septième art.
Cette évolution est importante : Canudo n’a pas simplement ajouté le cinéma à une liste déjà universellement admise. Il a réorganisé un système existant afin de présenter les images animées comme l’aboutissement et la synthèse de plusieurs formes artistiques.
Quels sont les sept arts selon Ricciotto Canudo ?
Dans la classification généralement associée à Canudo, les sept arts sont :
- L’architecture ;
- La sculpture ;
- La peinture ;
- La musique ;
- La poésie ;
- La danse ;
- Le cinéma.
L’ordre peut varier selon les présentations modernes et cette classification ne constitue pas une norme officielle. Son intérêt se trouve surtout dans la manière dont Canudo regroupe les arts.
Il distingue les arts de l’espace, comme l’architecture, la sculpture et la peinture, des arts du temps, comme la musique, la poésie et la danse. Le cinéma lui semble capable de réunir ces deux dimensions.
Un film compose des espaces grâce aux décors, aux corps, à la lumière et au cadrage. Il les déploie également dans le temps au moyen du mouvement, du montage, du rythme, de la musique et du récit.
Canudo voit ainsi le cinéma moins comme un art supplémentaire que comme un art de synthèse. Cette théorie a largement contribué au succès de l’expression, même si elle ne suffit pas à décrire toute la complexité du langage cinématographique.
Quand l’expression s’est-elle véritablement imposée ?
Canudo défend activement la reconnaissance artistique du cinéma au début des années 1920.
Le 18 avril 1921, il fonde le Club des amis du septième art, également désigné par le sigle CASA. Ce ciné-club organise des projections, mais aussi des rencontres et des discussions consacrées au cinéma.
Il crée ensuite La Gazette des sept arts, dont le premier numéro paraît en décembre 1922. La revue met le cinéma en relation avec la peinture, l’architecture, la littérature, la musique et les autres formes de création contemporaine.
Son Manifeste des sept arts paraît en 1923. Les textes de Canudo seront également rassemblés après sa mort dans L’Usine aux images.
Ces initiatives ont permis à la théorie de dépasser le cadre d’un simple essai esthétique. L’expression « septième art » devient le nom d’un projet culturel : faire du cinéma un objet de discussion, de critique et de transmission.
Ricciotto Canudo a-t-il été le seul à défendre le cinéma comme art ?
Canudo occupe une place déterminante, mais il n’a pas été le seul à participer à la reconnaissance artistique du cinéma.
Au cours des années 1910 et 1920, des critiques et des cinéastes comme Louis Delluc, Jean Epstein, Abel Gance, Germaine Dulac, Marcel L’Herbier ou Léon Moussinac cherchent eux aussi à définir les possibilités propres aux images animées.
Tous ne partagent pas exactement la même théorie ni le même classement des arts. Certains insistent sur la photogénie, d’autres sur le montage, le mouvement, la lumière ou la capacité du cinéma à renouveler notre perception du monde.
L’expression « septième art » ne doit donc pas masquer le caractère collectif de cette légitimation. Canudo lui a donné une formule particulièrement durable, mais celle-ci s’inscrit dans un mouvement intellectuel, critique et artistique beaucoup plus large.
Comment le cinéma est-il passé d’une attraction à un art ?
Les premières projections publiques attirent d’abord les spectateurs par leur capacité à reproduire le mouvement. Les films des frères Lumière montrent des sorties d’usine, des repas familiaux, des rues, des paysages, des trains et des activités quotidiennes.
Ces vues ne sont pourtant pas de simples enregistrements neutres. Le placement de la caméra, la distance, la circulation des personnes dans le cadre et le choix du moment filmé construisent déjà une représentation.
L’Institut Lumière souligne que l’étude et la restauration des nombreuses vues conservées permettent aujourd’hui de mieux percevoir leur travail de composition, de mise en scène et de déplacement de la caméra.
Georges Méliès explore rapidement une autre voie. Il utilise le décor, le montage et les trucages pour créer des mondes imaginaires. Le cinéma peut désormais montrer ce qui n’existe pas devant la caméra.
Ces deux approches, souvent opposées de manière trop simple, contribuent ensemble à la naissance du langage cinématographique. L’une révèle les possibilités du regard porté sur le réel ; l’autre développe la fiction, le spectacle et les effets visuels.
Qu’est-ce qui distingue le cinéma des autres arts ?
Le cinéma emprunte beaucoup aux formes artistiques qui l’ont précédé :
- Le récit et les dialogues à la littérature ;
- Le jeu et la mise en scène au théâtre ;
- La composition visuelle à la peinture et à la photographie ;
- Les décors et les volumes à l’architecture ;
- Le rythme et la bande sonore à la musique ;
- Le mouvement des corps à la danse.
Cette proximité n’empêche pas le cinéma de posséder ses propres outils.
Le cadrage détermine ce que le spectateur peut voir et ce qui reste hors champ. Le montage rapproche des images tournées à des moments ou dans des lieux différents. Le mouvement de la caméra modifie la relation entre le spectateur, les personnages et l’espace.
Le ralenti, l’accéléré, le gros plan et les changements de point de vue permettent également de transformer notre perception du temps et du réel.
Le cinéma n’est donc pas seulement un théâtre enregistré, un roman illustré ou une succession de photographies. Il organise les images et les sons selon une durée imposée pour produire une expérience particulière.
Le cinéma muet était-il déjà un art complet ?
L’expression « cinéma muet » peut donner l’impression qu’il manquait quelque chose aux films réalisés avant la généralisation du son enregistré. Ces œuvres possédaient pourtant déjà un langage élaboré.
Les projections étaient par ailleurs rarement silencieuses. Elles pouvaient être accompagnées par un pianiste, un orchestre, un bonimenteur ou des effets sonores réalisés directement dans la salle.
Des cinéastes comme Charlie Chaplin, Buster Keaton, Friedrich Wilhelm Murnau, Fritz Lang, Sergueï Eisenstein ou Abel Gance ont utilisé le cadre, le montage, les décors et le mouvement avec une grande inventivité.
En France, La Roue d’Abel Gance, sortie en 1923, témoigne notamment des recherches menées sur le rythme et le montage. Canudo a lui-même participé à la promotion du film, qu’il considérait comme une démonstration des possibilités artistiques du cinéma. Sa version restaurée permet aujourd’hui de se rapprocher du montage présenté au public en 1923.
Le cinéma n’a donc pas attendu les dialogues enregistrés, la couleur ou les effets numériques pour devenir un art. Chacune de ces innovations a transformé son langage sans rendre les formes précédentes obsolètes.
Comment les innovations techniques ont-elles fait évoluer le septième art ?
L’histoire du cinéma est inséparable de l’évolution de ses techniques. L’arrivée du son synchronisé, le développement de la couleur, les formats larges, les caméras plus légères, les effets visuels et le numérique ont modifié les possibilités offertes aux créateurs.
Le passage au cinéma parlant a renforcé l’importance des voix, des dialogues, des ambiances et du montage sonore. Il a également obligé les réalisateurs à repenser la mobilité des caméras et le jeu des acteurs.
La couleur n’a pas seulement rendu l’image plus réaliste. Elle est devenue un outil narratif et symbolique permettant de créer des contrastes, d’orienter l’attention ou de caractériser un univers.
Les caméras légères et les dispositifs d’enregistrement plus mobiles ont ensuite facilité les tournages en extérieur et accompagné des mouvements comme le néoréalisme italien, le cinéma direct ou la Nouvelle Vague.
Les effets numériques permettent aujourd’hui de modifier les décors, les corps et les mouvements avec une précision croissante. Ils prolongent toutefois des recherches déjà présentes chez Méliès, qui utilisait les moyens techniques de son époque pour produire l’illusion.
L’évolution technologique ne remplace donc pas la création artistique. Elle met de nouveaux outils à la disposition des cinéastes, qui peuvent les utiliser avec inventivité ou se contenter d’effets déjà connus. Le Festival de Cannes rappelle ainsi que les innovations techniques ont constamment transformé la fabrication et la perception des films.
La reconnaissance du cinéma comme art vient-elle seulement des films ?
La qualité des œuvres a joué un rôle majeur, mais la légitimation du cinéma repose également sur les institutions qui se sont développées autour de lui.
Les revues spécialisées ont créé un vocabulaire permettant d’analyser la mise en scène, le montage et la photographie. Les ciné-clubs ont donné aux spectateurs la possibilité de revoir les films et d’en discuter.
Les cinémathèques ont commencé à conserver des copies, des scénarios, des photographies, des affiches et des appareils. Sans ce travail, une grande partie des œuvres anciennes aurait définitivement disparu.
Les festivals ont quant à eux contribué à faire circuler les films entre les pays et à mettre en avant des cinéastes encore peu connus. L’enseignement du cinéma à l’université et dans les écoles spécialisées a également renforcé sa reconnaissance comme objet d’étude.
Le cinéma est donc devenu un art non seulement grâce à ses créateurs, mais aussi grâce aux critiques, aux archivistes, aux programmateurs, aux chercheurs et aux spectateurs qui ont appris à le préserver et à l’interpréter.
Tous les films appartiennent-ils au septième art ?
L’expression ne désigne pas uniquement les films jugés exigeants ou prestigieux. Une comédie populaire, un film d’animation, un documentaire, un film d’horreur ou une superproduction appartiennent également au cinéma.
Cela ne signifie pas que toutes les œuvres possèdent la même ambition ni la même valeur artistique. Le septième art désigne un moyen d’expression, et non un label de qualité automatiquement accordé à chaque film.
La distinction avec le cinéma d’auteur est donc importante. Le septième art englobe le cinéma dans son ensemble, tandis que la notion d’auteur sert à identifier la continuité d’une vision ou d’une démarche artistique au sein de l’œuvre d’un cinéaste.
Un film produit par un grand studio peut porter une forte personnalité artistique. À l’inverse, un projet indépendant ou écrit par son réalisateur n’est pas automatiquement original.
Le cinéma est-il un art collectif ou l’œuvre d’un réalisateur ?
Le cinéma est fondamentalement collectif. Un film mobilise des scénaristes, des acteurs, des producteurs, des techniciens, des décorateurs, des costumiers, des compositeurs, des monteurs et de nombreux autres professionnels.
Le réalisateur occupe généralement une place centrale dans l’organisation artistique de cet ensemble, mais il n’est jamais le seul à créer les images et les sons.
Cette dimension distingue le cinéma du modèle romantique de l’artiste travaillant seul face à son œuvre. Elle explique aussi pourquoi les conditions de production, les budgets et les rapports entre les différents métiers influencent fortement le résultat.
Considérer le cinéma comme un art ne suppose donc pas d’effacer sa dimension industrielle. Depuis ses débuts, il repose à la fois sur des machines, des investissements, des circuits de distribution et des choix artistiques.
Cette tension entre création et industrie constitue précisément l’une de ses principales caractéristiques.
Le cinéma influence-t-il réellement la société ?
Reconnaître le cinéma comme un art conduit aussi à s’interroger sur son rôle culturel.
Les films produisent des images durables des époques, des territoires, des groupes sociaux et des relations humaines. Ils peuvent rendre certains sujets plus visibles, transmettre la mémoire d’un événement ou installer des personnages et des répliques dans la culture commune.
Cette influence ne doit pas être exagérée. Un film ne transforme pas à lui seul les comportements d’une population. Il participe plutôt à la circulation des représentations et aux discussions qui les entourent.
Notre dossier sur l’influence du cinéma français sur la société analyse plus précisément ce rôle, ainsi que les limites des causalités souvent attribuées aux œuvres.
La dimension sociale du septième art repose donc autant sur le contenu des films que sur les conditions dans lesquelles ils sont diffusés, commentés et reçus.
Les séries remettent-elles en cause la notion de septième art ?
Les séries contemporaines utilisent le même langage audiovisuel que le cinéma : cadrage, montage, jeu des acteurs, musique, décors et effets visuels.
Certaines développent également une vision artistique cohérente et mobilisent des cinéastes reconnus. Cette proximité explique pourquoi les frontières entre cinéma et séries se brouillent.
Cela ne signifie pas que toutes les différences ont disparu. Une série organise son récit en épisodes et peut se prolonger pendant plusieurs saisons. Un film construit généralement une expérience pensée pour être parcourue en une seule fois.
Le fonctionnement de la création diffère aussi. Au cinéma, la figure du réalisateur demeure souvent centrale. Dans les séries, la continuité artistique peut être assurée par un créateur, un scénariste principal ou un showrunner.
L’expression « septième art » reste donc principalement attachée au cinéma, même si les catégories historiques deviennent plus poreuses.
Le streaming change-t-il la définition du cinéma ?
Un film ne cesse pas d’appartenir au cinéma parce qu’il est regardé sur un téléviseur, un ordinateur ou un téléphone. Le support de diffusion ne suffit pas à définir sa nature artistique.
La salle demeure néanmoins un élément majeur de l’histoire du septième art. Elle propose une image de grande taille, une écoute immersive, une attention continue et une expérience collective.
Les plateformes offrent de leur côté un accès plus souple et une diffusion internationale rapide, mais elles transforment la manière dont les œuvres sont présentées et découvertes.
Comme l’explique notre dossier sur le septième art à l’ère du streaming, l’enjeu ne consiste pas seulement à savoir sur quel écran un film est regardé. Il concerne aussi son financement, sa visibilité, sa conservation et sa capacité à rencontrer durablement son public.
Le streaming ne supprime donc pas le septième art. Il modifie l’environnement économique et culturel dans lequel celui-ci évolue.
Existe-t-il officiellement un huitième ou un neuvième art ?
Plusieurs formes de création ont ensuite reçu, dans le langage courant, un numéro venant prolonger la classification de Canudo.
La télévision, la photographie, la radio, la bande dessinée, les arts médiatiques ou encore le jeu vidéo ont parfois été présentés comme le huitième, le neuvième ou le dixième art.
Ces appellations varient toutefois selon les pays, les époques et les auteurs. Elles ne reposent pas sur un classement universellement reconnu.
La bande dessinée est par exemple couramment appelée le neuvième art dans l’espace francophone, mais cela ne permet pas d’en déduire une liste officielle et stable de toutes les formes qui la précèdent.
La numérotation doit donc être comprise comme un outil de légitimation culturelle plutôt que comme une hiérarchie définitive. Présenter une forme comme un « nouvel art » revient souvent à revendiquer sa capacité à produire des œuvres, un langage et une histoire dignes d’être étudiés.
Pourquoi l’expression « septième art » est-elle toujours utilisée ?
L’expression a survécu à la théorie précise qui lui a donné naissance.
Peu de personnes pensent aujourd’hui au classement de Canudo lorsqu’elles emploient les mots « septième art ». La formule est devenue une manière immédiatement compréhensible de souligner la dimension artistique et culturelle du cinéma.
Elle rappelle aussi que cette reconnaissance n’était pas évidente à ses débuts. Les films ont dû être défendus, analysés et conservés pour ne plus être considérés comme de simples attractions techniques ou commerciales.
L’expression reste néanmoins utile à condition de ne pas enfermer le cinéma dans une définition figée. Le septième art s’est transformé avec le son, la couleur, les nouveaux formats, les effets numériques, les séries et le streaming.
Sa continuité ne repose pas sur une technique particulière, mais sur sa capacité à organiser les images, les sons et la durée pour produire une expérience pensée par des créateurs et interprétée par des spectateurs.
Le cinéma est ainsi appelé septième art parce que Ricciotto Canudo a voulu lui donner une place parmi les formes artistiques reconnues. Plus d’un siècle plus tard, la formule perdure parce que les films continuent de développer leur propre langage, de transmettre une mémoire et de renouveler notre manière de regarder le monde.

